ÉDITO du Bouche à Oreille n°71 Sep 2009

C’EST PAS JUSTE!

L’autre jour au téléphone, je me fais alpaguer par un restaurateur: « ouai, y en a marre, c’est pas juste, tout le monde peut ouvrir un resto, un plombier ou un avocat… » et de me ressortir comme à chaque fois le coup du coiffeur qui ne peut tenir boutique sans un CAP en bonne et due forme dans l’escarcelle! Révolté par cette injustice criante, l’aubergiste me demandait même de faire « un papier » là-dessus! De dénoncer le scandale! Même hors digestion, faut savoir que je suis un peu mollasson du ciboulot, pas brillant du tout dans la rhétorique. C’est donc l’œil dans le vague et l’oreille collée à mon vieux Nokia antédiluvien que j’ai réfléchi en me grattant la tonsure. Pour répondre au bout de ce qui devait être une éternité pour mon interlocuteur, qu’il était sûrement dans les attributions du syndicat des restaurants auquel il adhère, le fameux UMIH, de défendre les intérêts de ses ouailles, et donc de définir éventuellement des critères d’attribution de droits d’exploitation, et patati et patata. Honnêtement, j’ai pas d’avis total ni définitif sur la question, mais ai toujours trouvé assez poilant de confondre « diplôme » et « professionnalisme ». Nombre de restaurateurs diplômés ne sont-ils pas surblasés de leur job? Combien parmi eux se pointent « au radar » et teint blafard le matin chez Métro pour acheter leur caisse de confits de canard en promo? Ils empoisonnent ainsi parfois leur triste existence… et nous avec! Et puis d’autres à l’opposé qui après avoir été infirmières, décorateurs d’intérieurs, professeurs et même « à la SNCF » (j’ai des noms) apprendront sur le tas, sans passer par les écoles du savoir de la chose cuisinée. Juste équipés de cette satanée envie de faire des choses. Ah bien sûr, ils savent qu’ils ne finiront pas leurs jours sous les palmiers dans un paradis fiscal! Mais qu’importe! Ils font des petits miracles au jour le jour, avec parfois, une nouvelle recette dans le cervelet alors que sonne leur réveil-matin. J’ai finalement conclu auprès de mon apostropheur de restaurateur que de toute façon, il me paraissait contradictoire qu’un entrepreneur souhaite créer des lois pour protéger son activité. Et que dans la mesure où il prônait la « libre entreprise » pour lui-même, il tombait sous le sens de devoir l’accepter pour les autres.

Autrement, un mini-dossier bien sympathique à vous proposer ce trimestre avec en pages centrales de la version BàO papier (Internet pour les autres), de courts articles liés au monde de la restauration extraits du journal « La Décroissance » .

Olivier Gros